Chapitre bonus

chapitre bonus "L'ombre du doute"

L'ombre du doute Jeanne Yliss

Phil patientait sur le bord du plateau transformé en une carte postale estivale. Le décor évoquait des vacances sous le soleil. Du sable fin s’étendait sur le sol, de faux palmiers oscillaient doucement sous une brise artificielle, des cris de mouettes et le bruit du ressac étaient diffusés en fond sonore. Les candidats, vêtus de tenues légères et colorées, attendaient aux côtés de l’artiste.

— On démarre le compte à rebours. Tout le monde est prêt ? demanda un technicien.

Micro serre-tête rivé sur son crâne, Phil acquiesça. Dès que le thème musical de l’émission retentit, l’animateur déboula sur le plateau avec une démarche enjouée. 

Ciaoooo ! 

Il adressa un salut chaleureux vers les gradins, envoya un baiser aux téléspectateurs en gros plan.

— Bonjour à tous et à toutes ! Bonjour ! 

Ses mains s’agitèrent en direction d’un public survolté qui ondulait au rythme de la musique. Phil se déhancha, fit ondoyer ses bras en des mouvements de vagues au son de la mélodie hawaïenne qui venait d’être lancée. Il se tourna ensuite vers la caméra :

Aloha ! Mesdames et messieurs, bonjour et bienvenue sous notre soleil de plomb ! Nous sommes lundi, et je vous promets une semaine rayonnante sur le plateau de…

Il fit un geste de la main, invitant le public à finir sa phrase.

— … famille de choc !

— Accueillons avec un tonnerre d’applaudissements Laurence et son fils, Raphaël ! 

Le public, toujours debout, ovationna l’arrivée de la première famille qui s’avança avec des tongs claquantes. Le fils portait un bob et la mère un chapeau de paille. Ils s’arrêtèrent devant la caméra pour faire des mimiques joyeuses avant de s’installer derrière un pupitre décoré de parasols et de coquillages. Les yeux de Laurence pétillaient. Des palmiers et des surfers défilaient en ombres chinoises. Sur les grands écrans, des images de destinations de rêve étaient projetées : des lagons aux eaux cristallines, des plages bordées de cocotiers, des marchés colorés sous un soleil éclatant. La lumière, la musique, l’enthousiasme du public, tout contribuait à transformer l’instant en une véritable escapade estivale. Phil s’approcha. 

— Chère Laurence, auriez-vous une anecdote à nous raconter pour mieux vous connaître ?

Un sourire espiègle s’invita sur son visage qu’elle masqua derrière son poing, gênée.

— Oui ! Lors de nos dernières vacances dans le sud de la France, j’avais réservé par mégarde dans un camping naturiste !  

Cette révélation déclencha un jingle humoristique aux accents de trompette, tandis que la voix off de Xalor s’insinua dans les enceintes avec une pointe d’amusement : « Oups, il semble que Laurence ait dévoilé plus qu’une anecdote aujourd’hui ! Peut-être un fantasme caché ? » Le public, pris entre la surprise et l’hilarité, rit tout en applaudissant. Certains se couvraient la bouche de leurs mains, d’autres se lançaient des regards complices, comme si la situation leur rappelait des souvenirs similaires.

Phil se tourna vers la mère d’un air taquin :

— Eh bien, Laurence, voilà une façon originale de plonger dans la culture locale ! J’espère que vous avez au moins pris un bon bain de soleil ! 

Puis il s’adressa à l’adolescent pour l’impliquer dans la conversation.

— Et toi, Raphaël, comment as-tu vécu cette… euh, expérience naturelle ?

Le garçon, avec l’assurance propre à la jeunesse et un sourire malicieux, s’exprima sans fausse pudeur.

— Au début, j’ai cru que c’était une blague de ma mère quand j’ai vu le panneau à l’entrée. Mais quand on s’est présentés à la réception qui a confirmé la réservation, je me suis dit, trop bien. Ce seront des vacances très aérées !

Le public, déjà conquis par la répartie de Raphaël, répondit par une nouvelle salve de rires et d’applaudissements. Phil lui tapota l’épaule d’un air complice, manifestant son approbation pour la manière dont il avait géré la situation.

— Et finalement, comment s’est déroulé ce séjour ? s’intéressa l’animateur avec un air goguenard. 

L’adolescent afficha une moue désappointée et répondit avec un air déçu. 

— Mes parents n’ont pas voulu rester, il a fallu trouver une location de dernière minute. 

— Mais quel dommage ! s’exclama Phil avec exagération.

— Enfin, s’offusqua la mère, ce n’est pas le lieu pour séjourner avec des enfants.

— Vous avez raison Laurence, vous avez raison ! Vous irez plus tard avec votre seul époux ! 

Phil se tourna vers la caméra et afficha une mine gourmande tandis que Xalor tentait une voix chuchotante « Il sera toujours temps d’y retrouver tout seul, Raphaël ! » 

Avec un signe de la main, la vedette dirigea l’attention de tous vers l’entrée du plateau.

— Et maintenant, que les projecteurs accueillent Maxime et son fils Angel !

Un jingle énergique, aux accents de guitare acoustique évoquant les soirées d’été, précéda leur arrivée. Maxime avança d’un pas assuré en levant les bras. Angel le suivait à un rythme moins soutenu. Les grands écrans alternaient entre des images d’un barbecue familial et des feux d’artifice estivaux, pour évoquer la chaleur des nuits de juillet. Le public, guidé par le chauffeur de salle, accueillit le binôme comme il se devait. Angel, poussé par l’enthousiasme ambiant, trouva un nouveau souffle et afficha un sourire timide. Ils s’installèrent derrière leur pupitre. Phil s’approcha, son micro en main, et se pencha vers l’adolescent.

— Alors, Angel, as-tu une anecdote à partager avec nous ?

Le candidat prit une grande inspiration avant de répondre, sa voix portée par les haut-parleurs :

— L’été dernier, on est partis en montagne, et… euh… j’ai eu un petit… incident avec un mouton.

Les écrans géants affichèrent une image d’un mouton étonnamment expressif, et des bêlements retentirent. La voix de Xalor s’immisça, taquine : « Un incident ovinesque ? Angel, tu as piqué la curiosité de tout le monde ! »

— Oui, en randonnée, j’ai essayé d’attraper un mouton, mais il s’est retourné et m’a poursuivi. Je suis tombé et il a commencé à me lécher le visage. J’étais terrifié. Et puis, il puait sacrément ! 

Phil éclata de rire avec le public, des clochettes ponctuèrent l’anecdote d’Angel.

— Un mouton à la laine chaude et avec une haleine… moins fraîche. Il ne fait pas dans la dentelle, ni dans le dentifrice ! 

Xalor commenta « Bravo Phil pour ce fin jeu de mot ! » Le présentateur effectua une courbette de remerciement.

— Et vous, Maxime, quel souvenir gardez-vous de cette rencontre bêlante ?

— Je n’avais jamais vu mon fils courir aussi vite. C’était assez drôle. J’ai immortalisé le moment quand le mouton a décidé de se faire un nouvel ami. C’est devenu la photo de l’année pour notre famille !

La caméra zooma alors sur un écran qui affichait le fameux cliché : Angel, étendu sur l’herbe. Le mouton présentait une langue pendante sur le visage de l’adolescent visiblement écoeuré. Le public s’esclaffa. Phil s’adressa à la caméra :

— Voilà une rencontre qui mérite d’être encadrée ! Restez avec nous pour d’autres histoires et des jeux ensoleillés sur… Famille de Choc !

Les illustrations visuelles et le thème musical qui annonçaient le début des jeux entre les familles furent lancés. La partie pouvait démarrer. Un frisson parcouru Phil. Il jeta un regard circulaire à son environnement, savoura l’ambiance et se laissa porter par la féérie du plateau

À la fin de la journée, l’artiste regagna son domicile, éreinté et presque heureux. Ç’aurait pu être une journée ordinaire sans certains regards de suspicion. Et sans un arrêt au commissariat pour pointer sur le chemin du retour. 

 

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Jeanne YLISS – faiseuse d’émotions

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